14/11/2015

Start-up: Les 7 Travaux d' Hercule Que le Nouveau Président de la Centrafrique Devrait Mener

Créer une entreprise en Centrafrique, un état d’esprit à développer.


Les Centrafricains ont élu leur président. Ce dernier sera amené à  relever de nombreux défis gigantesques auxquels la Centrafrique est confrontée. Tous les prétendants à la magistrature suprême – ou presque –  ont été unanimes à reconnaître que le retour à la paix, à la sécurité publique et à la réconciliation constitueront une composante majeure du mandat présidentiel, une condition sine qua non à l’assainissement du climat des affaires. Mais une fois que la stabilité sera réinstaurée, qu’en sera-t-il de la mise en œuvre du programme que portera le nouveau chef de l’état, notamment celle relative à l’entrepreneuriat ? Sauf erreur – ou inattention – de ma part, je ne suis pas parvenu à percevoir la moindre grille de lecture destinée à comprendre les différentes actions menées dans le pays pour faire émerger une nouvelle classe d’entrepreneurs et je reste sur ma faim.
La Centrafrique n’a jamais possédé un véritable écosystème entrepreneurial digne de ce nom et les différentes crises qui ont secoué le pays ces dernières décennies n’ont fait que réduire à néant tous les efforts visant à maintenir un semblant d’activité économique. D’autre part, les organes de l’état et autres institutions bien vieillottes, ayant sous leur tutelle la création et le développement des entreprises, n’ont jamais adopté une politique ambitieuse en faveur des entrepreneurs et ne sont aucunement adaptés aux enjeux pressants. Il est grand temps de changer radicalement de logiciel et mettre en place de nouvelles structures.
Centrafricain d’origine  j’ai l’intime conviction que l'entrepreneuriat doit être au cœur du développement de ce  pays et être élevé au rang de priorité nationale au même titre que la restauration de l’ordre public. Le tout nouveau chef de l’Etat aura donc la lourde responsabilité de choisir deux trajectoires diamétralement opposées : soit créer les conditions nécessaires pour faire émerger une nouvelle génération d'entrepreneurs centrafricains et patrons de start-up à succès, ambitionnant ainsi de faire hisser le pays à un niveau comparable à celui du Kenya, du Nigéria ou du Ghana, ou bien maintenir la Centrafrique dans une boucle temporelle au sein de laquelle il continuerait à adopter des positions qui relèveraient exclusivement de la pure politique politicienne, ce qui ferait rester le pays dans le chaos et le visserait éternellement à la dernière place mondiale en matière d’environnement des affaires.
En espérant que le président Touadera s'entoure de collaborateurs expérimentés et de véritables serviteurs de l'état, je vous livre en attendant les 7 chantiers sur lesquels il devrait se pencher en priorité sur le plan entrepreneurial, une politique dont la mise en œuvre devra, selon moi, changer radicalement le visage économique de la Centrafrique.


1°) L’instauration d’un Conseil Centrafricain pour la Promotion de l’Entrepreneuriat et de l’Investissement

Il s’agit de créer une agence gouvernementale dotée de prérogatives larges et puissantes en charge de la planification et du développement de l’entrepreneuriat et des investissements en Centrafrique, un point de passage unique pour ceux qui souhaitent créer une entreprise, obtenir un permis de construire, identifier les secteurs d’activité à fort potentiel de croissance ou nouer des partenariats avec des entreprises étrangères
Calquée sur les modèles singapourien et rwandais qui ont fait leur preuve – respectivement le Singapore Economic Development Board et le Rwanda Development Board –, cette structure serait gérée comme une entreprise privée par un  directeur qui devra s’entourer de personnes les plus expérimentées et diplômées d’Ecoles de Commerce.  A cet égard, seuls le pragmatisme et la culture du résultat primeront sur les autres indicateurs.


La stratégie de l’agence serait contrôlée par un Conseil d’administration composé de plusieurs membres, parmi lesquels le Ministre de l’économie du plan et de la coopération internationale qui présiderait ce Conseil, le Ministre du Commerce de l’Industrie et des Petites et Moyennes Entreprises, les PDG d' entreprises centrafricaines les plus importantes, les dirigeants de quelques firmes étrangères implantées dans le pays, ainsi que certains représentants d’importants fonds d’investissement internationaux dédiés à l'Afrique.

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Ces patrons peuvent être associés ainsi à la réflexion sur l’avenir économique du pays et à la mise en œuvre d’une stratégie visant à faire de la Centrafrique un centre d’affaires de premier plan.
Si elle voyait le jour, l’agence pourrait être baptisée Central African Development Board (CADB) par exemple.


2°) la mise en place d’une structure d'accompagnement à la création d'entreprises

On assiste à une multiplication du nombre d’incubateurs et d’accélérateurs en Afrique :


-         Afrique centrale : BantuHub et YekoLab au Congo-Brazzaville, Entreprenarium au Gabon, ActivSpaces au Cameroun…

Afrique de l’Ouest : CTIC DakarEtriLabs au Bénin, CIPMEN au Niger, Woelab au Togo, SabouTech en Guinée, Createam au Mali…,

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La Centrafrique fait partie des très rares pays d’Afrique qui ne sont pas encore dotés d’un incubateur, d’un accélérateur, d’une couveuse ou d’une pépinière pour accompagner les porteurs de projet à la création et au développement de leur entreprise. Des dossiers de présentation de projets portés par des entrepreneurs, que j’ai eu l’occasion d’analyser via la plateforme www.McKenson-Invest.com , comportaient systématiquement des points faibles : une équipe dirigeante non-expérimentée, aucun cadre dirigeant ou aucun employé ayant une expertise en rapport avec le cœur du métier, une absence totale de stratégie à long-terme ou un manque de cohérence dans la stratégie, un produit qui n’est pas encore testé sur le marché….


L’existence d’une telle structure à vocation multisectorielle – et non destiné exclusivement au numérique – présenterait de nombreux avantages : les entrepreneurs sortiraient de l’isolement et profiteraient de l’expérience et des connaissances des autres incubés. Par essence, les incubateurs et les accélérateurs établissent des partenariats avec des investisseurs et des banques, une opportunité pour les porteurs de projet d’accéder plus facilement aux financements.
Les structures d’appui aux entrepreneurs donneraient  également l’occasion d’assister régulièrement à des séances de coaching organisées par des patrons de PME et des experts dans les domaines du Marketing, des ressources humaines ou de la Finance : les porteurs de projet apprendraient comment négocier auprès de prospects, valider son concept sur le marché, convaincre des investisseurs de financer sa start-up etc…


Subsidiairement ces dirigeants expérimentés ouvriraient leur carnet d’adresses composées de clients, d'avocats, de notaires ou d’investisseurs. Enfin un incubateur pourrait mettre à la disposition d’aspirants des locaux et des équipements informatiques.


3°) L’enseignement de l’entrepreneuriat dès l'accès des élèves au collège

Il ne s’agit pas pour le Ministère centrafricain de l’Education Nationale de transformer des adolescents en de véritables patrons de start-up dès la 6e, mais d’établir un programme de sensibilisation et d'initiation obligatoire aux bases du monde de l’entreprise, ainsi qu’à l’esprit d’initiative grâce aux interventions de gérants de TPE. A partir du lycée, de la 3e à la Terminale,  les élèves auraient la possibilité de choisir une « filière entrepreneuriat » avec des cours plus approfondis et plusieurs stages d’immersion en entreprise pour comprendre la manière dont quelques patrons de PME résolvent de façon pragmatique les difficultés auxquels ils sont confrontés quotidiennement dans leur environnement interne et externe. Cette immersion « réelle » se ferait avec une grande aisance, d’autant plus que la plupart des adolescents centrafricains sont confrontés aux difficultés du quotidien, ce qui leur permet de maîtriser parfaitement l’art de la débrouillardise, une des qualités essentielles que doit posséder un entrepreneur.


Certes, l’Education Nationale n’est pas considérée comme un ministère régalien, mais constitue la cheville ouvrière de la Nation car elle est censée former les futures élites économiques de toute la Centrafrique. Il faudrait donc envisager l’instauration d’'un programme scolaire sur l'entrepreneuriat. Le système éducatif centrafricain connait régulièrement des interruptions de ses activités pédagogiques en raison des mauvaises conditions de travail des enseignants et professeurs. 
Le futur président se devra de rendre l’Education Nationale prioritaire et améliorer les conditions de travail pour éviter les grèves ininterrompues dans l’enseignement.


4°) La constitution d’un réseau centrafricain de Business Angels sous l’impulsion de l’Etat

Sans entrer dans la catégorie des personnes dites « fortunées », quelques centrafricains disposant d’un capital important, issus de mon cercle de connaissances, semblent privilégier la surconsommation de biens dans l’habillement, les loisirs ou le luxe plutôt que des investissements dans des start-up ou des PME.
L’Etat devrait lancer une grande campagne d’identification de personnes aux revenus importants. L’objectif serait de les sensibiliser et encourager à devenir un Ange Financier et se constituer en réseau de Business Angels en vue de soutenir un entrepreneur centrafricain lambda.


Il n’est pas nécessaire d’être riche, au regard des critères occidentaux. Une petite somme d’argent suffit pour investir dans une TPE (Très Petite Entreprise). Toutefois, investir dans une entreprise, ce n’est pas comme jouer au casino. Être Business Angel est un vrai métier et il est important de toujours suivre scrupuleusement quelques règles, sous peine de perdre toutes ses économies.

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5°) La tenue d’un concours national à la création d’entreprises

L’expérience a montré que les concours à la création d’entreprise représentent  une réelle source de motivation chez les aspirants entrepreneurs, surtout lorsque les sommes d'argent en jeu sont colossales.


Le ministère centrafricain du Commerce de l’Industrie et des Petites et Moyennes Entreprises et celui de l’Education nationale devraient co-organiser chaque année un concours national à la création d’entreprise pour  faire émerger et soutenir financièrement les meilleurs projets de création d'entreprises centrafricaines, tout secteur d'activité confondu.
La compétition s’adresserait aux porteurs de projet âgés de 16 ans au minimum, incluant ceux issus de la diaspora et les binationaux. Un seul lauréat serait choisi pour chacune des 5 catégories qui correspondraient aux secteurs d'activité les plus porteurs en Centrafrique.



6°) Le lancement d’un Fonds souverain

Il est frustrant pour tout Centrafricain de constater que le Botswana, une démocratie parlementaire exemplaire, considéré comme le plus gros producteur de diamants en Afrique et doté d’un environnement des affaires jugé extrêmement favorable, utilise en grande partie sa manne diamantifère pour financer la santé, l’éducation et la construction d’infrastructures de haute qualité, alors que la Centrafrique, également producteur de diamant dont la qualité du diamant est classée  par les experts parmi les cinq premiers au monde ( Source : Geopolis Francetvinfo ) est incapable de verser les salaires des fonctionnaires de façon régulière ou de mettre en œuvre un programme d'investissements publics de grande envergure, pouvant faire d’elle la « Suisse de l’Afrique », faute de disposer des caisses de l’Etat bien remplies.
Bien entendu, l’une des priorités du prochain président sera de reconquérir toutes les zones de production minière contrôlée actuellement par les seigneurs de guerre et les contrebandiers et d’obtenir une levée totale des sanctions imposées par le processus de Kimberley avant d’envisager de lancer un Fonds souverain alimenté par ses ressources minières (en prenant exemple sur le Qatar dont le Fonds souverain est issu du surplus des revenus du gaz naturel liquéfié), servant à financer les meilleurs projets de développement portés par des entrepreneurs centrafricains.



7°) Jeunes Centrafricains : Privilégiez l'entrepreneuriat au fonctionnariat

Nombreux sont ceux, parmi la jeunesse centrafricaine, qui rêvent de devenir fonctionnaire, ministre ou même président, comme s’il n’existe que cette voie pour s’épanouir professionnellement !


L’Etat, via les organes de tutelle, doit faire changer radicalement les mentalités auprès de la population,  y compris au sein même de l’administration et sensibiliser les étudiants en fin d’études sur les avantages ou l’intérêt de devenir son propre patron. 


Pour aller plus loin :


                                               Contributeur: Harley McKenson
               Fondateur & Gérant de www.McKenson-Invest.com
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